homélie sur Philippiens 4

"Réjouissez vous dans le Seigneur"

181216 HOMELIE

 

Ph 4,4-7 : « Réjouissez-vous… »

On a envie de dire à Paul : Vous êtes bien gentil, mais nous, on a beaucoup de soucis… Les petits soucis de chacun, voire de grosses souffrances… Et puis tout ce qui se passe dans notre pays et dont les média nous rebattent les oreilles ; sans compter qu’il y a bien des endroits dans le monde où c’est encore pire… Alors, qu'est-ce que ça veut dire : « soyez joyeux ! » Peut-on être joyeux comme ça, sur commande ???

Mais il faut écouter bien attentivement ce que dit Paul, qui d’ailleurs fait écho au livre de Sophonie qu’on a lu en première lecture : Réjouissez-vous dans le Seigneur ; le Seigneur est proche. (Sophonie disait : le Seigneur ton Dieu est en toi).

En fait la joie à laquelle Paul nous invite n’est pas une joie ordinaire, une sorte de satisfaction banale… Paul ne nous dit pas d’être « zen », « cool », pas notre seule volonté, par la maitrise de notre psychisme. La joie à laquelle il nous invite résulte d’un décentrement. Il s’agit de sortir de nous-mêmes et de nous tourner vers un Autre. C’est d’ailleurs tout le sens de cet Avent qui nous oriente vers Jésus qui vient à nous.

Quand on regarde de près les paroles de Paul, on est frappé par une ressemblance : dans le récit de l’Annonciation, la salutation de l’ange Gabriel, que vous connaissez par cœur car vous la répétez dans chaque « Je vous salue Marie », c’est littéralement : « réjouis-toi, graciée ; toi qui a reçu la grâce : le  Seigneur est avec toi »

Si, à cause des difficultés de la vie, à cause de malheurs réels ou à cause de la fatigue et de la lassitude… Si je me replie sur moi-même… je risque de sombrer dans une spirale dépressive et je ne fais qu’ajouter de la tristesse à la tristesse. Mais ce que me dit le Seigneur, par son prophète, ou par son ange, ou par son apôtre, c’est de nous tourner vers lui, de lever les yeux vers lui, pour trouver en lui la source de la joie véritable.

Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes… Cela ne veut pas dire que les malheurs n’existent pas, ou qu’ils vont disparaitre comme par magie. Mais cela veut dire que si je me tourne vers le Seigneur, même si cela est difficile, même si cela prend du temps, je verrai apparaitre une lumière nouvelle.

Et remarquez que la joie dont nous parle St Paul c’est la joie même des Béatitudes : Heureux ceux qui ont un cœur de pauvre ; le Royaume de Dieu est à eux ! Et les béatitudes continuent : Heureux les miséricordieux, heureux les artisans de paix, heureux les cœurs purs… ils verront Dieu ! Justement, dans notre texte de l’épitre aux Philippiens, il y a un mot extraordinaire (epieikés). Dans notre traduction liturgique, il est rendu par « bienveillance » : que votre bienveillance soit connue de tous les hommes. On pourrait aussi traduire par « bonté » ou par « sérénité » C’est l’attitude de celui qui sait passer au dessus des difficultés pour faire preuve de douceur envers les autres.

Je parlais de « décentrement », je parlais de sortir de soi pour nous tourner vers Jésus. Eh bien la joie dont nous parlons s’accompagne d’un autre décentrement, décentrement vers les frères et sœurs humains qui m’entourent. Vous avez entendu les paroles de Jean Baptiste dans l’Evangile : les uns et les autres lui demandent ce qu’ils doivent faire, comment doit se manifester leur conversion. Et il répond aux uns et aux autres : « Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ! » Chacun, dans la situation où il se trouve, peut trouver ce que notre Pape appellerait un chemin de sainteté. Et l’évangéliste fait exprès de prendre l’exemple de situations difficiles : les collecteurs d’impôt : « N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. » les soldats : « Ne faites violence à personne… contentez-vous de votre solde. »

La joie de la rencontre de Jésus se transforme en joie du don… une chose dont il est facile de faire l’expérience…

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