figures prophétiques - déroulement du cours et pol

IMC Lille – 26 novembre 2013 – déroulement (encadré = texte poly)

Plusieurs fois dans les Evangiles (par exemple Mc 8), on se demande si Jésus est le prophète qu’on attend…

Figures prophètiques annonçant Jésus

Cf. Dt 18:14 Car ces nations que tu dépossèdes écoutaient enchanteurs et devins, mais tel n'a pas été pour toi le don de YHWH ton Dieu. 18:15 YHWH ton Dieu suscitera pour toi, du milieu de toi, parmi tes frères, un prophète comme moi, que vous écouterez. 18:16 C'est cela même que tu as demandé à YHWH ton Dieu, à l'Horeb, au jour de l'Assemblée: "Pour ne pas mourir, je n'écouterai plus la voix de YHWH mon Dieu et je ne regarderai plus ce grand feu", 18:17 et YHWH me dit: "Ils ont bien parlé. 18:18 Je leur susciterai, du milieu de leurs frères, un prophète semblable à toi, je mettrai mes paroles dans sa bouche et il leur dira tout ce que je lui ordonnerai.

Cf. 2 R 2:11 Or, comme ils marchaient en conversant, voici qu'un char de feu et des chevaux de feu se mirent entre eux deux, et Elie monta au ciel dans le tourbillon. 2:12 Elisée voyait et il criait: "Mon père! Mon père! Char d'Israël et son attelage!" puis il ne le vit plus et, saisissant ses vêtements, il les déchira en deux.

 

Le Serviteur de Dieu dans le Second Isaïe

La seconde partie du livre d’Isaïe (chapitres 40 - 55) se situe à la fin de l’exil à Babylone, donc un peu avant 538. Le prophète, lointain disciple d’Isaïe, s’adresse à un peuple juif complètement anéanti, peu avant que le roi perse Cyrus, nouveau maître du Moyen Orient, ne l’autorise à rentrer chez lui.

On distinguait naguère du reste du texte  quatre « chants du Serviteur » (Is 42,1-9 ; 49,1-6 ; 50,4-9 ; 52,13 - 53,12) qui auraient constitué un tout à une certaine époque. Aujourd'hui, ce point de vue est dépassé. Toujours est-il que le texte parle souvent du « Serviteur de Dieu ». Au stade de la rédaction du livre, qui est désigné par cette appellation ? Il est difficile de donner une réponse simple à cette question, d’autant plus que, selon les endroits, il semble s’agir de personnes différentes : Cyrus (cf 45,1-5) ? tout le peuple d’Israël ? le petit reste fidèle d’Israël (49,3) ? ou encore le prophète anonyme auteur du livre ? le roi en exil ?

Nous allons ici lire l’ensemble de ces textes, comme on le faisait du temps de Jésus, en considérant qu’il s’agit d’un seul personnage et en dessiner à grands traits la figure

 

Introduction (par PA, en parcourant le ch. 40) :

Livre de la « consolation », (nhm ; parakalein)…

40,9 : premier emploi  du thème de la Bonne nouvelle (Mebassêrêt ; evaggélizoménos Sion)..

Thème du berger…

40,12ss : « qui… ? » « à qui me comparerez vous ? » thème de la grandeur inégalable de Dieu, qui garantit le salut.

 

On se répartit les chapitre suivants (une personne ou un groupe de deux), en cherchant à chaque fois qui désigne l’appellation « serviteur » :

1.     Ch. 41

2.     Ch. 42

3.     Ch. 43

4.     Ch. 44

5.     Ch. 45 

6.     Ch. 48

7.     Ch. 49

8.     Ch. 50 

Selon les cas, « serviteur » semble désigner : Israël (= Jacob) ; Cyrus ; certains membres d’Israël ? ; le prophète ?

 

Lecture de Is 52,13 – 53,12

Distribuer le texte vierge ; on lit le texte tout haut et on recherche successivement, ensemble :

·       Les personnages (tous)

·       Qui est le locuteur dans les différents éléments du texte ?

·       Quels sont les principaux thèmes (ensemble lexicaux) ?

Puis distribuer le texte analysé (faire remarquer l’intérêt de la méthode de lecture, qui permet de ne laisser de côté aucun élément du texte)

 

Résultat : Si on le prend comme un personnage unique, on peut tracer le portrait suivant :

 

Le Serviteur est un homme choisi par Dieu. Dieu l’appelle, comme avec tendresse et fierté : « Mon Serviteur ». Dieu a mis sur lui son Esprit (42,1). Dieu l’a mis à part pour une mission particulière, à savoir :

a)         Une mission à l’égard du peuple de Dieu

Pour qu’il enseigne aux gens découragés le « droit » et la « justice », c’est-à-dire, d’une part, la bonté d’un Dieu qui donne toujours la vie et, d’autre part, la réponse de l’homme à ce don, dans sa manière de vivre.  Pour rétablir l’alliance entre Dieu et son peuple (42,6).

Pour qu’il ouvre les yeux des aveugles et fasse sortir de prison les captifs » (42,7). Mission déjà reconnue au Messie : il est sauveur.

Pour qu’il sauve aussi en « ramenant Jacob » (49,5), c’est-à-dire en faisant revenir le peuple de l’exil.

Notons que, jusqu’ici, la mission du Serviteur se rapproche beaucoup de celle du messie.

b)         Une mission à l’égard de la terre entière :

« Je ferai de toi la lumière des nations, pour que mon salut atteigne jusqu’aux extrémités de la terre » (49,6). Cet universalisme est une nouveauté dans l’histoire de la révélation. Jamais Israël n’avait réalisé à ce point que son Dieu était le Dieu unique - et réciproquement que les dieux des autres peuples n’étaient rien - qu’il était le Dieu de l’univers entier et que, par son Serviteur, il proposait le salut au monde entier.

Au Ch. 52, ce sont les « rois de la terre », c’est-à-dire des personnages qui représentent la population entière de l’univers, qui disent : « Tous, nous étions comme des brebis. Nous étions errants... C’est grâce à ses plaies que nous sommes guéris... »

c)         Une mission qui s’accomplit par la souffrance rédemptrice :

C’est par sa souffrance et par sa mort que le Serviteur sauve des multitudes (53,11), une souffrance qu’il accepte librement : « J’ai tendu le dos à ceux qui me frappaient » (50,6) ; « comme un agneau conduit à la boucherie et n’ouvrant pas la bouche... » (53,7).

Le Serviteur prend cette souffrance à la place des autres pour les « justifier », c’est-à-dire les faire vivre à nouveau dans cette réalité que nous avons appelé la justice : « Or c’était nos souffrances qu’il supportait et nos douleurs dont il était accablé » (53,4). Par ses souffrances, mon Serviteur justifiera des multitudes, s’accablant lui-même de leurs fautes » (53,1).

Cette mystérieuse valeur de la souffrance et de la mort librement acceptées qui sauvent est une idée nouvelle dans l’histoire de la révélation. Par là le personnage du Serviteur est nettement différent de celui du Messie. En effet, ni au temps du Second-Isaïe, ni au temps de Jésus, il n’était question que le Messie souffrît. [C’est d’ailleurs ce qui explique qu’il était radicalement impossible pour les apôtres de comprendre ce que Jésus voulait dire quand il parlait de sa passion. ]

d)         Mission de révéler à tous la gloire de Dieu :

Paradoxalement, c’est ce Serviteur méprisé, qui n’a plus figure humaine, qui va révéler la gloire de Dieu : « Tu es mon Serviteur, en qui j’illustrerai ma splendeur ».

La gloire de Dieu, ou sa « splendeur », c’est, dans la Bible, son infinie grandeur qui, se révélant à l’homme, l’impressionne et le comble de joie. Elle est imaginée comme un éclat fulgurant qui éclaire en même temps qu’il effraie : « Je ferai de toi la lumière des nations » (49,6).

Par l’action du Serviteur, le monde entier reconnaîtra que Dieu est Dieu : « qu’on rende gloire au Seigneur... » (42,12).

e)         Le Serviteur est appelé à partager la gloire de Dieu :

« J’étais glorifié aux yeux du Seigneur » dit le Serviteur en 49,5. Plus loin, Dieu dit de lui : « Voici que mon Serviteur sera haut placé, élevé, exalté (ou glorifié) à l’extrême. » (52,13)

Ces mêmes mots servent, dans d’autres passages d’Isaïe, à exprimer la transcendance de Dieu, sa grandeur, sa majesté au delà de ce que l’homme peut expérimenter ou concevoir.

Isaïe nous décrit donc la vocation du Serviteur comme inouïe, incroyable : de l’extrême humiliation à l’extrême élévation. Il est invité, en quelque sorte, à partager la condition divine, à prendre place sur le trône de son Seigneur.

f)          Le Serviteur représente le peuple de Dieu et même l’humanité entière :

C’est ce qu’on pourrait appeler le « principe de substitution » : on passe de toute l’humanité à Israël, de ce peuple à un petit reste fidèle, de ce petit reste à un seul personnage qui assume le destin de tous... Les spécialistes parlent du Serviteur comme « représentant inclusif » de l’humanité. Si les mots savants vous ennuient, oubliez celui-ci, mais retenez l’idée : « un pour tous ». Elle est une des clés de l’histoire du salut.

Voici comment Etienne CHARPENTIER commentait ce fait dans « Jeunesse du Vieux Testament » ((coll. « Jalons », ed. Fayard, p. 76) : « Le peuple de Dieu est son Serviteur. C’est lui que le Second Isaïe nous décrit. L’habillant du souvenir des grands persécutés d’autrefois, Moïse, Jérémie surtout, il le voit humilié en Babylonie, frappé en Palestine. Ce peuple personnifié (tellement personnifié que parfois il devient distinct du peuple lui-même, comme Jésus-Christ, rassemblant en lui l’humanité, en sera cependant assez distinct pour la sauver), ce peuple est appelé par Dieu pour transmettre la lumière aux nations, non par la force comme on avait pu le croire, mais par sa foi en Dieu (premier et deuxième chants). Cette mission sera douloureuse : le troisième chant nous montre comment le Serviteur supporte la souffrance, abandonné entre les mains de Dieu. Et nous voici enfin à un sommet de l’Ancien Testament au-delà duquel il n’est plus rien à attendre sinon la réalisation de ce qu’il annonce : le serviteur souffre et meurt... pour les autres. Avec ce poème, la souffrance d’un peuple prend son sens. Elle n’est plus malédiction ; elle devient Rédemption.

Quand les premiers chrétiens reconnaîtront en cet homme crucifié qu’ils ont vu ressuscité, le Serviteur souffrant (Lc 2,32 ; Ac 3,32), ils  reconnaîtront qu’ils sont sauvés, puisqu’en lui, c’est tout le peuple qu’il personnifie qui est mort et qui maintenant vit pour Dieu. »

 

 

Autres figures…

Il faudrait lire aussi :

·       Dn 7 : le Fils de l’homme ;

·       Pr 8 ; Si 24 ; Sg 7s : la Sagesse personnifiée…

 

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